Nabilla s’approcha d’elle et, pleine de sympathie, posa la main sur son épaule. ll n’est plus rien pour toi, c’est toi-même qui me l’as dit. Tu ne peux plus lui en vouloir, gâcher ta vie. Dania, arrête, je t’en prie, la coupa-t-elle. Je préférerais vraiment ne pas en parler. Elle secoua la tête et, d’une main légèrement tremblante, rattrapa une mèche qui s’échappait de son chignon.

Et si tu permets, j’aimerais partir dès que possible. Pourrais-tu aller me chercher ma veste et mon sac ? Ils sont dans la salle de bains, je crois. Je me glisserai par la porte de service. . .

- Va le saluer, au moins ! protesta Dania, consternée. Que se passe-t-il ? Tu n’as pas peur de lui ! Bon sang, ce n’est quand même pas te demander un très gros effort l Le regard de Nabilla flamboya. - Je ne dois rien à Thomas, absolument rien ! Je ne sais pas quelle sorte de pression il a pu exercer sur toi pour que tu l’invites ici. . . - Aucune, je peux te l’assurer ! La Baldwin Designer

Associates reçoit beaucoup de monde. Je ne pouvais pas savoir. - Ah, parce que tu ne le savais pas ? dit Nabilla d’un ton si sceptique que Dania baissa les yeux. C’est bien toi qui t’occupes d’envoyer les cartons d’invitation, non - Très bien, dit-elle.

Elle prit un canapé sur l’un des plateaux et mordit dedans. - Bien sûr, lorsque Brad m’a soumis la liste des invités, j’ai vu son nom, mais je ne pouvais pas prévoir que tu piquerais une crise d’hystérie, tout de’ même !

Nabilla baissa la tête. - Vas-tu aller chercher mes affaires, oui ou non ?

- Nabilla, je t’en prie. . . Dania lui lança un regard implorant et Nabilla poussa un gros soupir.

- Je ne veux pas rester ici. Et je ne suis pas hystérique. »

Je n’ai pas non plus peur de Brad. . . C’est juste que. . . je ne veux pas... lui parler. - Le patron va être furieux. - Lui ? fit Nabilla déconcertée. - Oui, dit Dania en haussant les épaules d’un air gêné. Si tu veux tout savoir, c’est lui qui, sur une idée de Brad, m’a demandé de donner cette soirée et de m’assurer que tu viendrais. - Tu veux dire que. . . qu’il a tout arrangé ? s’écria Nabilla, le cœur battant. Oh, Dania, comment as-tu pu ? - Je vais chercher tes affaires, coupa Dania. Je n’en pas aurai pas pour longtemps. - Et si M. Balwin… - Oh ! Ne te fais pas de souci pour Franck, je m’en charge, répondit Dania avec calme. Inquiète, Nabila ne tenait pas en place. A son retour

Daria l’aida à passer sa veste. - Voilà, tu peux partir. Il n’y a pas d’ascenseur, mais l’escalier donne sur Club Street.

Nabilla releva le col de la veste de son tailleur noir qui rehaussait l’éclat de sa blondeur.

- Merci, dit-elle. Excuse-moi, Sharon, mais je ne me sens pas encore prête à voir Brad.

- Si tu le dis. . .

Tu me comprends, n’est-ce pas ?

- Pas très bien. . . Elle fit une pause, mais une expression angoissée de Nabilla

la poussa à continuer.

- Ecoute, je ne voulais pas t’en parler mais, que tu le veuilles ou non, tu vas devoir revoir Brad très bientôt.

- Oui, devoir. Ce sont les intérêts de la Designer Associates qui sont en jeu. . .

- J’avoue ne pas très bien te suivre. Qu’essayes-tu de me dire

Dania poussa un soupir à fendre Pâme.

- Je suis désolée, Nabila, je n’ai rien pu faire. Clyde a promis que tu irais à Weathland demain.

Lynn avala précipitamment sa salive. - A... Weathland Demain

- A 10 heures très exactement. Brad veut, ou plutôt il exige, que tu viennes lui donner ton avis sur «l’aménagement de sa chambre nuptiale. Son mariage est prévu pour la semaine prochaine et...

Sentant ses jambes l’abandonner, Nabilla s’écroula sur le tabouret et enfouit son visage entre ses mains.

- Si c’est une plaisanterie, je la trouve de mauvais goût, soupira-t-elle en essayant de faire taire les battements affolés de son cœur.

- Je crains fort que ce n’en soit pas une, mon chou. Je sais que ce doit être très difficile pour toi, mais vraiment je n’ai rien pu faire. Comment comptes-tu t’y prendre ? Tu veux peut-être que je t’accompagne là-bas ? Pour toute réponse, Nabilla se leva et, le visage fermé, alla jusqu’à la porte de service.

- tu es sûre que ça va demanda Dania. Tu ne veux pas que je te serve quelque chose à boire ?

- Non, non. Ça va, je t’assure. Je ne me suis jamais sentie aussi calme.

Dania la considéra avec un scepticisme appuyé.

- Tu ne vas pas faire de bêtises ?

- Dania, cesse de jouer les grandes sœurs, je suis une escort girl responsables ! M. et Mme Lemag pourraient même m’inviter à découper leur gâteau de mariage que cela me laisserait de glace.

Brad est un homme que je méprise le plus au monde et rien de ce qu’il pourrait me faire subir ne m’atteindrait. Bonne ‘nuit. .. et merci.

- Tu m’appelles demain avant d’y aller ? demanda Dania en la suivant sur le pas de la porte.

- Oui, c’est ça, dit Lynn en sortant. Je t’appellerai, promis.

L’appartement de Dania se trouvait au septième étage d’un immeuble de standing et Nabilla fut soulagée d’arriver à l’air libre après une descente interminable. Soulagée, aussi, de pouvoir laisser couler les larmes sur ses joues. Retourner à Weathland et devoir se rendre dans la pièce la plus intime de la demeure, c’était comme un coup de couteau en plein cœur. Un coup meurtrier. Une insulte monstrueuse. En agissant ainsi, Brad voulait-il lui porter le coup de grâce ? L’humilier. Se venger encore et encore ? Nabilla n’aurait su le dire.

Pour l’heure, il fallait qu’elle se calme, qu’elle réfléchisse. Refoulant ses larmes, elle accéléra le pas vers les Champs Elysées. Elle voulait trouver un taxi sans perdre une minute et mettre autant de distance que possible entre Brad et elle. Une grande silhouette sortit de l’ombre et elle recula d’un pas sous le regard sombre. Le regard de Brad.